Le Gadarénien

Comment comprendre la Bible en utilisant trois approches complémentaires

Certains ne proposent que l'approche littérale de la Bible, avec les conséquences désastreuses que l'on sait.
D'autres proposent de la lire à quatre niveaux, d'autres à sept, et d'autres disent qu'il y a une infinité d'approches possibles.
Cependant, si nous considérons que Le Créateur a composé l'homme en 3 parties - de même qu'Il est Lui-même trois en UN - nous comprendrons qu'à l'évidence l'approche nécessaire et suffisante pour comprendre la Bible est de l'aborder selon trois approches complémentaires (1).
Complémentaires, car elles ne doivent pas se contredire, mais au contraire se compléter l'une l'autre. Et aussi parce que la division en trois approches - de même que la division de l'homme en trois composantes, et celle de Dieu en trois personnes - n'est qu'une manière de comprendre dans notre dimension ce qui en réalité existe dans d'autres dimensions.
Voici donc un exemple d'étude biblique avec ses trois approches : en Marc 5:1-20, lisons le récit du Gadarénien.

Approche littérale

L'approche littérale consiste à prendre le texte tel qu'il est.
Nous voyons un homme possédé de démons, libéré par Jésus, et la réaction de cet homme et des habitants de la région face à cette libération.
Le début du texte est noir : cet homme vit dans les sépulcres, possédé par un esprit impur. On ne peut le lier, car une force surhumaine en lui le libère à chaque fois. Il crie nuit et jour dans les sépulcres et les montagnes, et se taillade avec des pierres.
Le texte devient alors lumineux : lorsque Jésus débarque, cet homme vient à sa rencontre. Jésus chasse les démons qui le lient, et les envoie dans des porcs, qui se jettent dans la mer.
Le texte tourne au gris foncé et au gris clair, puis au blanc : voyant cela, les habitants de la région prennent peur et demandent à Jésus de partir. De son côté, l'homme libéré demande à Jésus de pouvoir Le suivre. Jésus lui demande de rester pour témoigner de ce que Le Seigneur a fait.
Cette approche littérale nous apprend plusieurs choses - par exemple :
 
  • un homme peut être possédé : les démons existent.
  • Jésus possède le pouvoir - venant de Dieu - de délivrer une personne des démons.
  • les hommes ne se tournent pas automatiquement vers Dieu en voyant un tel prodige : ils pensent d'abord à leur intérêt immédiat.
  • Jésus, qui demandait à un Juif délivré de n'en rien dire, dit au contraire aux non Juifs délivrés d'en témoigner autour d'eux.
    Il ne voulait pas, en effet, être Roi sur terre (ce que les Juifs attendent) : "le Royaume n'est pas de ce monde" dit-il ailleurs.

Approche morale, psy, philosophique, etc.

Dans cette approche (2), le Gadarénien voit tout en noir car tout en lui est ténèbres : il est dépressif, et la tombe est l'image de sa morbidité - aucune vie ne peut s'épanouir. Il est rempli de forces d'autodestruction qui l'aspirent vers le bas, vers la dissolution, l'anéantissement. Les autres ne savent pas trouver en face de lui les réactions appropriées. Mais la démonisation du malade n'est pas sans rapport avec le réseau relationnel dans lequel il se trouve : celui-ci veut l'enfermer dans ses normes, car il ne supporte pas sa non intégration, et cherche par conséquent à le neutraliser.
Mais le Gadarénien a un comportement paradoxal, ambivalent : il crie pour attirer l'attention, tout en voulant vivre à l'écart pour éviter qu'on le blesse - et tout en se blessant lui-même : l'automutilation est pour lui le seul moyen de se sentir exister ("j'aime mieux me blesser moi-même avant que les autres ne le fassent").
En face de Jésus, il voudrait bien guérir, mais il se défend contre la guérison, tiraillé entre le désir de guérir et la résistance au traitement. Il sait où il en est dans sa vie, mais ignore ce qui lui arrivera s'il guérit : il ne pourra plus se dérober à ses responsabilités et devra prendre son existence en mains.
Jésus fait la différence entre le malade et l'esprit qui l'occupe : dans le chaos de cet homme, Il voit le noyau profond qui est sain. Il croit en sa santé et souhaite le dégager des schémas existentiels qui déterminent le malade, de cet esprit impur qui perturbe sa pensée, de ses obsessions, de ses idées fixes.
Jésus ne fait aucun commentaire sur son comportement étrange : Il le prend au sérieux, mais l'oblige aussi à détourner son regard de ses symptômes vers Sa vérité. Jésus lui demande son nom : il doit dire qui il est réellement. Sa réponse est claire : toute une légion de maux psychiques l'habitent, il n'a pas d'unité, il est dispersé. Jésus va rassembler toutes ces parcelles d'âme disjointes.
Tout ce qui est impur dans cet homme va passer dans les porcs - animaux impurs - trouvant ainsi à s'exprimer au-dehors et cessant de tyranniser son âme. Et tout cela s'enfonce dans l'eau, image de l'inconscient : l'impureté a trouvé un exutoire extérieur (les porcs), elle perd son pouvoir sur l'inconscient et ne peut plus y sévir et perturber la pensée et l'action conscientes.
Les propriétaires des porcs, ayant perdu leur bien, demandent à Jésus de quitter la région : ils n'ont rien à faire d'un tel guérisseur, qui perturbe leurs habitudes et leurs relations, et sème le désordre dans leur vie.
Quant à l'homme guéri, il a besoin de rester avec Jésus - mais pour recouvrer complètement la santé, il doit se réconcilier avec ceux qui l'ont blessé : il faut qu'il reconstitue son identité là même où il l'avait perdue. Et après ce qu'il a traversé, il est le mieux à même de parler de Jésus et de son salut.

Interprétation spirituelle

Jésus change de rive : venant de territoires où habitent ceux qui attendent expressément un Roi (c'est écrit dans leur Bible, qui est devenue notre ancien testament), il débarque dans un territoire où attendent inconsciemment leur Roi des peuples idolâtres.
Pourquoi idolâtres ? l'idolâtrie fige les choses, durcit les coeurs, fait des moyens un but en soi. Ce peuple a sa manière de faire, de penser : aucune action, même miraculeuse, ne le détournera de ses idées figées.
L'homme est lié par des forces spirituelles : aucun lien physique ne lui résiste, la hiérarchie des dimensions dans lesquelles nous vivons allant, du plus haut au plus bas, du monde spirituel au monde psychique (moral, de l'âme), et de celui-ci au monde physique - le lien spirituel domine donc le lien physique.
Cet homme a un esprit impur, c'est-à-dire mélangé (aujourd'hui on dirait : dérangé) : la pureté, dans la Bible, consiste à être sans mélange. Il est spirituellement mort (sépulcres) : son esprit est soumis à son psychisme, lui-même soumis à ses besoins primaires. Il a besoin du Saint-Esprit dans son esprit, qui pourra ainsi dominer son psychisme, qui à son tour dominera son corps.
Il est complètement (r)enfermé : de nuit comme de jour, son comportement est le même : la lumière n'a pas d'influence sur lui, il faudra que le Soleil de Justice vienne casser les murs qui le maintiennent à l'ombre de la mort.
Il se blesse avec des pierres : s'il a un semblant de spiritualité, c'est de spiritualité religieuse qu'il s'agit, qui le lie : il a besoin de sang pour son salut, et essaie de l'obtenir de lui-même, en s'aidant des pierres (de la loi) sur la montagne (de la loi) - or, la loi tue. C'est la grâce seule qui pourra le sauver, grâce obtenue non par des pierres, mais par le bois de la croix, d'où coule le Sang du Roi de l'Univers, Verbe originel par Lequel tout EST, et devant QUI tout se prosterne, comme le fait cet homme, bien que possédé.
Les esprits qui le possèdent reconnaissent Celui qui les a vaincus dans le monde spirituel, et ne veulent rien avoir affaire avec Lui.
Ils préfèrent aller demeurer en un endroit où ils se sentent chez eux, près de la montagne (de la loi), dans des porcs, animaux impurs, car ne possédant pas de sabot fendu (3).
La mer, qui représente le monde, accueille ce qui est impur, l'étouffe et l'intègre : qui se ressemble s'assemble.
Les témoins de ce spectacle prennent peur : la peur dénote un manque d'amour. Il ne sont pas ravis de la délivrance de l'homme guéri, leur coeur est de pierre (de la loi). Ils tiennent à leur système (qui peut être religieux) et ne veulent pas être recentrés sur l'Essentiel : leur confort spirituel actuel leur suffit, la Vérité ne les concerne pas, ils ne veulent pas de ce Chemin, refusent la Vie offerte gratuitement.
Le Seigneur est tout-suffisant, même si on n'est pas physiquement près de Lui : Il demande qu'avant tout Son Règne (sur les puissances) soit annoncé, que Son Amour soit reconnu comme étant Sa toute-puissance, et que Sa Grâce soit manifestée comme remplaçant la Loi - processus inverse de la chute d'Adam (notre esprit) et Ève (notre âme).

(1) Toute autre approche pourra par conséquent être classée dans une de ces trois approches fondamentales.
(2) Nous nous inspirons ici d'une étude d'Anselm Grün (Jésus, le chemin de la liberté - Évangile de Marc)
(3) Les deux parties du sabot fendu représentent l'amour et la vérité, les deux ensemble constituant la justice : la justice sans amour mène à la mort, et la justice sans vérité est pseudo-justice. L'animal pur doit aussi être ruminant : il rumine la parole de Dieu, la comprend dans son entier, et ne l'assimile pas de manière brute, littérale (ce qui nous ramène au sujet de cette page).